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La carte et le territoire de Michel Houellebecq

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3354076742.jpgJ’ai lu La Carte et le territoire de Michel Houellebecq, et je l’ai trouvé agréable et amusant, en même temps que rempli d’une poésie qui touche à mon avis à la science-fiction.

En insérant dans un style classique et neutre un tas de mots propres au monde moderne, il crée une impression burlesque; d’un autre côté, il est traversé par des fantasmes liés au progrès technique et au capitalisme triomphant. À certains égards, cela m’a rappelé Michel Jeury - d’autant plus que Houellebecq y a mêlé des pensées pastorales inspirées par mon cher William Morris, et s’appuyant sur le goût de la province, de la campagne. Chez Jeury, la technologie et le pastoral fusionnent, notamment grâce à une physique quantique qui se pose comme parlant de la nature autant que des machines; or, chez Houellebecq il en va également ainsi, quoique de façon à la fois plus simple et plus édulcorée.
 
L’éternité n’appartient plus au vide comme dans ses romans précédents, mais plutôt à la vie végétale, comme c’est en général le cas dans la poésie agnostique contemporaine, qui admet dans la nature une force immortelle formatrice, mais se refuse à lui attribuer aussi une conscience; de ce fait celle-ci, chez l’homme, se sent isolée, délaissée, ne se retrouve pas dans le monde, qui lui apparaît comme déprimant.
 
Pourtant quelques métaphores inspirées par la science-fiction ordinaire et qui m’ont fait plaisir distillent une sorte de lumière. Un soir de décembre, le ciel de Paris est verdâtre; le narrateur dit qu’on y verrait bien survenir une invasion d’aliens. Ce n’est pas naturellement que ce genre d’images qui ne font en réalité, comme chez Lovecraft ou Wells, que cristalliser la peur qu’inspire le ciel, le mystère de l’infini, donne en soi de l’optimisme; mais d’un simple point de vue artistique, elles représentent une respiration: pour l’âme, elles sont comme un air frais. Le fait est que la première étape qui mène à la connaissance des mondes d’en haut, la véritable tradition mystique l’a dit, est le sentiment du vide, et que la seconde est l’image des monstres émanés de l’époque dans laquelle on vit: raison pour laquelle les chrétiens ont fait du diable le prince de ce monde.
 
Cependant, de William Morris, Houellebecq ne retient que l’utopie champêtre développée dansNews from Nowhere; or, dans certains de ses romans, qui appartiennent au genre de la fantasy, il disait plus clairement que, dans la nature végétale, immortelle, formatrice, se trouvent aussi des entités spirituelles bénéfiques pour l’humanité, qui ont une conscience, des pensées. Elles permettent justement de réaliser les projets humains sur terre, lesquels Houellebecq semble pourtant regarder comme vains, les dessins de son architecte adepte de Morris étant splendides, représentant des cités faites d’un cristal vivant, organique, végétal, mais délirants et à juste titre rejetés par les jurys fonctionnalistes des concours d’architecture. C’est en quelque sorte ce que concède Houellebecq à la pensée parisienne, avec laquelle Morris n’était vraiment pas en phase.

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